Il y a des paysages qui te coupent le souffle. Des rencontres qui te marquent à vie. Des expériences qui te changent. Mais surtout des souvenirs que tu n’oublieras jamais. Cela a été le cas pour nous au Lac Titicaca.
Perché à 3810 m d’altitude dans la cordillère des Andes, le Lac Titicaca est le lac navigable le plus haut au monde. Partagé entre le Pérou et la Bolivie, il est bordé par des communautés issues des peuples Aymaras et Quechuas.
Pendant quelques jours, on a été accueillis chez Ruben et Vilma, au sein des Llachon, une communauté de la péninsule de Capachica qui développe depuis les années 2000 un modèle de tourisme communautaire. Aujourd'hui, ils offrent à leurs visiteurs la possibilité de partager la vie quotidienne de la communauté et leur donnent l'occasion de vivre une expérience unique.
Derrière son paysage idyllique, le lac cache une richesse culturelle de plusieurs millénaires, mais aussi des défis qui impactent ses habitants. On te raconte notre expérience inoubliable!
Le Lac Titicaca, le berceau des civilisations Incas
Le lac Titicaca n’est pas seulement un lac. Il est considéré par les communautés incas comme étant le berceau de leur civilisation. Dans la mythologie inca, le dieu Viracocha serait sorti des profondeurs du lac pour créer le soleil, Inti, la lune, Quilla, et les étoiles pour éclairer le monde. C’est aussi dans cette région que serait né Manco Cápac, le fondateur de la civilisation Inca.
Quand tu navigues ici, tu ressens la puissance de ces histoires : l’eau et le ciel se mélangent, le silence a une symbolique, et tout prend une dimension sacrée.
Le lac Titicaca abrite aussi différents types d’iles :
- des iles naturelles comme Taquile et Amantani;
- les iles Uros qui sont des iles artificielles faites en totora, un roseau qui pousse et flotte sur le lac.
Un cadre idyllique vs. réalité : le tourisme autour du lac
Si le Lac Titicaca attire de nombreux touristes aujourd’hui, il n’en demeure pas moins que le tourisme de masse altère l’authenticité du lieu. Certaines pratiques ancestrales font l’objet de « folklorisation », et transforment les cultures locales datant de plusieurs siècles en spectacle pour touristes. Certaines communautés locales dénoncent d’ailleurs ces pratiques et refusent même d’accueillir les touristes.
Cette réalité constitue malheureusement le revers de la même médaille : bien que les cultures locales soient désormais plus accessibles, elles sont parfois instrumentalisées afin de répondre aux intérêts touristiques des groupes dominants, au détriment de leur histoire et des communautés qui les portent.
C’est pour cela qu’on te conseille vivement de bien te renseigner avant de te rendre sur place. Si tu veux une expérience authentique, privilégie des villages qui accueillent peu de touristes.
Notre arrivée chez Ruben et Vilma
C’est dans la péninsule de Capachica, à 75 km de la ville de Puno, que nous nous sommes retrouvés au village de Llachón, qui est composé de 1300 habitants, chez Ruben et Vilma. À notre arrivée à Puno, un taxi nous attendait pour nous amener directement à Llachon qui se situe à environ 1h30 de route.
En arrivant chez Ruben et Vilma, aux alentours de 22:00, un diner chaud nous attendait. Nous avons pu faire connaissance avec nos hôtes, puis épuisés par notre voyage, nous nous sommes dirigés vers nos chambres respectives.
Découverte des iles Titinos
De bon matin, nous sommes partis avec Ruben découvrir les iles Titinos avec son bateau. À notre arrivée, nous avons eu droit à un bel accueil de la communauté qui y vit. Ils nous ont expliqué comment l’ile artificielle y est construite, à base de totora qui doit être renouvelé au fil des années. Puis, nous avons visité leurs habitations qui sont faites aussi à base de totora. Les murs des maisons sont recouverts de vêtements pour isoler du froid qui peut vite se faire sentir, notamment la nuit.
Ce qui nous a frappés sur l’ile Titinos c’est qu’il y a une véritable division du travail qui s’opère entre les hommes et les femmes. Tandis que les hommes s’occupent de construire des jouets pour enfants, les femmes cousent des draps et des couvertures où sont représentés la figure de la Pachama, la terre mère, figure emblématique des cultures andines.
Nous avons aussi eu droit un petit tour de bateau « Mercedes », ces grandes barques typiques du lac que les habitants utilisent pour se déplacer. Notre capitaine nous a expliqué que les bateaux « Mercedes » sont utilisés notamment pour amener les enfants à l’école, ou encore aller à Capachica les dimanches pour troquer du poisson contre d’autres denrées alimentaires telles que des légumes ou du poulet. Par ailleurs, les totoras sont utilisés non seulement pour construire les iles mais aussi pour des pratiques thérapeutiques.
Un mode de vie authentique à préserver
De retour des îles Titinos, nous avons eu droit à un atelier de tissage de bracelets avec Vilma. Et on peut te dire que ce n’était pas du tout évident. Mais on était bien contents de nos petits exploits que nous portons encore à notre poignet aujourd’hui.
En fin de journée, nous sommes partis à la pêche qui est une activité majeure pour les habitants du lac. Toutefois, il est de plus en plus compliqué de pêcher car le niveau du lac ne cesse de diminuer à cause du réchauffement climatique, et certaines espèces comme le saumon sont menacées d’extinction, ce qui préoccupe les communautés locales.
Le lendemain matin, nous sommes allés avec Vilma faire de l’agriculture. Nous avons planté des fèves dans la terre et ce n’était vraiment pas si facile que cela pouvait laisser paraitre. Mais c’était sympa de tester.
Après déjeuner, nous nous sommes rassemblés autour de Ruben qui nous a expliqué l’histoire de la communauté Llachon. À commencer par l’histoire des chapeaux.
Les chapeaux de Llachon : quand les couleurs racontent l’année
Comme beaucoup de communautés Quechuas et Amayas, la communauté Llachon porte des vêtements traditionnels, témoin de leur culture qui perdure depuis la nuit des temps. La culture Llachon puise ses sources dans les lois ancestrales, où la figure de la Pachamama, représentée par la femme, régit la terre.
Toutefois, du fait de la conquista de l’Empire Inca, la religion chrétienne a été transmise aux communautés autochtones. De fait, un véritable brassage culturel a lieu au sein des descendants des Incas, à l’instar de la communauté Llachon, qui pratiquent la religion chrétienne tout en invoquant les principes de la Pachamama.
Tel que nous l’a expliqué Ruben, les femmes ont une place importante, si ce n’est sacrée, dans la communauté. Le chaman s’assure que les lois ancestrales sont bien respectées; si les membres transgressent les lois, ils sont bannis. Malgré le système patriarcal qui relègue les femmes dans l’espace privé, en tant que « gardienne du foyer », ces dernières ont leur mot à dire dans la communauté, et les décisions à la maison sont à prendre à deux. Les Llachon sont très respectueux des droits des femmes, car en raison de leur sacralité, elles sont fortement protégées et respectées. Si un homme en vient à battre sa femme, ce dernier est banni de la communauté.
Ruben nous a expliqué qu’avant chaque début d’année civile, le chaman façonne les chapeaux des villageois en prédisant l’année à venir. Chaque couleur a une signification, par exemple le vert représente l’agriculture, le bleu le lac Titicaca, le rose le mariage etc. Il était intéressant de comprendre l’évolution des couleurs des chapeaux depuis ces dernières années.
Ruben et Vilma
Un lac aux dépens des changements climatiques et des intérêts géopolitiques
Aujourd’hui, le lac Titicaca est sérieusement menacé de disparition à cause du réchauffement climatique, qui a entraîné une sécheresse persistante depuis ces dernières années, et la pollution provenant de centres urbains comme Puno. Il est essentiel de s'attaquer à ces problèmes de manière globale afin de préserver la santé et la durabilité du lac, de garantir l'accès à l'eau et aux autres avantages qu'il procure aux communautés de la région.
La grenouille est sacrée pour les communautés du lac. Or, la grenouille est menacée d’extinction, ce qui témoigne de la dégradation du lac. Les rejets d'eaux usées et les déchets provenant des habitations, des hôpitaux et des exploitations minières polluent le Titicaca et l'ensemble de son bassin. Plusieurs études ont déjà confirmé la présence de métaux lourds dans ses eaux, tels que l'arsenic, le cadmium, le mercure et le plomb, entre autres. Bien entendu, en respirant à travers leur peau lâche et plissée, ces grenouilles, natives et exclusives du lac, absorbent tous ces polluants.
Ruben nous a également expliqué que l’eau du lac Titicaca est en péril et ne cesse de s’assécher du fait notamment des enjeux politiques entre le gouvernement péruvien et le gouvernement chilien, celui-ci recevant de plus grandes proportions du lac au détriment des communautés qui y vivent.
Les défis auxquels sont confrontées les habitants du lac Titicaca poussent à réfléchir à l’impact du réchauffement climatique, et plus largement à ses conséquences sur les communautés autochtones. Préserver ce lieu de vie façonné depuis des millénaires est essentiel, non seulement pour celles et ceux qui y vivent, mais aussi pour l’équilibre et la survie de tout un écosystème.